Trois Saints Japonais à Cambrai

En France seuls deux lieux rendent hommage aux Saints Japonais, à Paris au siège des Jésuites et à Cambrai en la Chapelle des Jésuites.

Paul Miki, Jean de Goto et Jacques Kisai sont les noms insolites de trois saints japonais se trouvant à Cambrai. Pour apercevoir leru effigie sculptée dans la pierre de la Chapelle des Jésuites, il faut lever les yeux, une fois au coeur de la nef vers les hauts-relief, réalisés à la gloire du Christ, de Marie des pères fondateurs de l'ordre des Jésuites : Saint-Ignace de Loyola et Saint François Xavier et de ces Saints Martyrs.

Comment pouvait-on être Japonais et Jésuite à la fois en 1597? C'est une tragédie vieille de 400 ans. En voici le contexte :

Conformément à l'objectif de la Compagnie de Jésus (qui est d'évangiliser les pays lointains d'Asie, d'Amérique Ibérique et de Nouvelle France ) Saint François Xavier, envoyé depuis Lisbonne  par le Roi du Portugal, découvre avec étonnement à Goa, Capitale de l'Empire colonial portugais, un "petit Lisbonne" reconstitué, avec une magnifiquecathédrale, un grand couvent de Franciscains, un collège de mission préparant les Hindous à la prêtrise... En 1547, François Xavier décide d'évangéliser la Chine et le Japon où il débarque en 1549 avec deux compagnons jésuites, Comes de Torres et Juan Fernandez, espagnols comme lui. Grâce à l'accueil enthousiaste du Seigneur féodal de Saturma, province du sud-ouest, il réalise des centaines de conversions à la foi chrétienne, mais se heurte rapidement à l'indifférence de l'Empereur Gonora de Kyoto. Il quitte le Japon pour mourir, deux ans plus tard à l'âge de 46 ans, devant cette Chine, qu'il rêvait de christianiser mais laissera une grande leçon à ses continuateurs jésuites en leur enseignant avant tout le respect des conventions sociales dans ce pays de vieille tradition et de culture raffinée. Ainsi faire preuve de pauvreté et d'humilité dans sa tenue vestimentaire n'apportait que le mépris des autochtones. Porter de somptueux costumes du pays et arriver les bras chargés de présents rares et variés attirent le respect. Un jésuite hors du commun, Alexandre Valignano lui succéda  au Japon en 1571, recommandant aux missionnaires de s'adapter aux coutumes japonaises et d'apprendre la langue. En 1582, il y avait 150000 chrétiens sur une dizaine de millions d'habitants et 59 prêtres missionnaires dont bon nombre enseignait, dans les séminaires et les collèges créés, tout ce que l'Europe savait en matière de médecine, d'astronomie et de géographie.

A la même époque, Sumitama, un Seigneur converti, fit don à la Compagnie de Jésus du port de Nagasaki, qui devint la plaque tournante du commerce international et de la christianisation.

C'est l'empereur Hidéyoshi qui fût à l'origine de la tragédie, en s'opposant progressivement à la politique de tolérance de son prédécesseur. Il commence par interdire aux grands seigneurs de se convertir au christianisme sans son autorisation et d'imposer leur nouvelle foi à ses sujets, et pour compromettre définitivement la propagation de la foi chrétienne, il décide l'expulsion pure et simple des missionnaires dans les 30 jours. Mission impossible pour le Capitaine du vaisseau "Monteo". Fureur de l'Empereur qui s'acharne à détruire toutes les églises de kyoto, d'Osaka et de Sakaï à l'exception de Kyushu. L'arrivée à la fin du XVIe siècle de Franciscains, de Dominicains et d'Augustins envoyés par l'Espagne pour concurencer les Jésuites liés au Portugal va compliquer la situation. En 1596, le capitaine d'un riche galion espagnol naufragé au sud-est du Japon, interrogé par l'Empereur, lui révèle l'étendue des possessions espagnoles et le but de la politique des souverains espagnols :  envoyer l'armée après les missionnaires pour conquérir les terres. Hidéyoshi réagit immédiatement en condamnant en 1597 au supplice de la croix 26 chrétiens dont trois Jésuites japonais :

Paul Miki, 33 ans, fils de samouraï, dont les prédications font accourir de tous côtés et sont souvent suivies de conversions. Jean de Goto, né de parents chrétiens dans le royaume de Goto (d'où son nom) se réfugie au Japon pour échapper aux persécutions. Il avait 19 ans, et jeune novice instruit par les pères jésuites, il enseignait à Osaka.

Jacques Kisai, baptisé dans sa jeunesse, quitte sa femme qui a renoncé au christianisme et se retire chez les Jésuites à Osaka où il exerce l'office de portier et aide Jean de Goto à instruire les catéchumènes.

Le supplice de la croix au Japon comporte une pièce de bois où se reposent les pieds du supplicié et un billot où il peut s'asseoir ; ses bras, ses cuisses, sa taille sont attachés avec des bandes. Les pieds et les mains sont maintenus par des colliers de fer.  La croix est alors hissée avec son supplicié, tandis que  le bourreau lui perce le flanc d'une lance qui ressort par l'épaule.

C'est sur une colline qui environne Nagasaki qu'eut lieu,  le 5 février 1597, le supplice de la crucifixion. On l'appela le Mont des Martyrs ou la Sainte Montagne.

Paul Miki, Jean de Goto et Jacques Kisai avaient été arrêtés dès les 30 décembre 1596 avec d'autres chrétiens. Ils devaient être conduits en charette d'Osaka à Nagasaki après qu'on leur eut coupé les oreilles et le nez.

Ils étaient 26 crucifiés : vingt-trois Franciscains dont six prêtres missionnaires et dix-sept convertis dont Pedro Bantista, Ambassadeur d'Espagne au Japon, et les trois Jésuites japonais qui refusèrent la grâce que l'Empereur leur accorda, peu avant leur supplice, pour suivre leurs compagnons dans la mort.

Paul Miki, Jean de Goto et Jacques Kisai furent canonisés en 1862 par le pape Pie X. Leur image servit considérablement la Contre Réforme. Leur iconographie est présente dans de nombreuses parties du monde sous forme de gravures ou de tableaux. Les trois médaillons de la Chapelle des Jésuites pourrait être l'oeuvre du Père Verbessum, peut-être aidé de sculpteurs cambrésiens issus de l'atelier des fils Marsy.

 

Il y a de nos jours plus de 3 millions de chrétiens au Japon pour 127 millions d'habitants. Un impressionnant mémorial rend hommage à Nagasaki aux martyrs du Christianisme.